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Envie de montre

01/06/2020 dans Votre temps

Mi-mars, le temps s’est subitement arrêté avec la pandémie. C’était un mardi, peut-être un mercredi… Je ne sais plus très bien. Les matins ont commencé à se suivre et à se ressembler, sept jours sur sept, week-end compris. Qui n’a d’ailleurs pas fini par tirer sur la prise du radio réveil ? Plus d’enfant à extirper du lit ni à emmener à l’école, de séance de yoga avant le travail ou de chauffeur de taxi qui patiente au pied de l’immeuble afin d’aller prendre un avion, c’était grasse mat’ pour tout le monde ! Les rideaux tirés, c’est souvent l’horloge biologique qui nous rappelait à l’ordre dans les premiers jours. En d’autres mots, une douce envie de thé ou de café nous tirait du lit en ce début de confinement.

 
En 1962, le Français Michel Siffre avait fait la démonstration de ce « garde-temps interne » lors d’une expédition scientifique, réalisée au gouffre de Scarasson en Italie. Pendant deux mois, ce géologue vécut à plusieurs dizaines de mètres sous terre, privé de lumière et de toute indication sur le cycle des jours et des nuits. Il n’avait plus de repères et, en même temps, chaque signal qu’il envoyait à ses équipes restées en surface, lorsqu’il se réveillait, se nourrissait ou se couchait, démontrait que le corps conserve son propre tempo. Qu’il continue de fonctionner sur un cycle proche de 24 heures, quand bien même il n’est pas conditionné par des facteurs ou des impératifs extérieurs.

En revanche, la perception du temps qui passe est considérablement altérée, lorsqu’on est coupé du monde. Michel Siffre rapporta que quelques heures pouvaient lui paraître un instant. Et d’autres, une éternité. Exactement comme en ce printemps 2020 où des heures ont semblé s’étirer à l’infini et, paradoxalement, les semaines ont filé. Nous n’étions pas plongés dans le noir mais les incertitudes sur l’issue du confinement formaient une sorte de tunnel sans fin. L’absence d’événement en dehors de chez soi, de contretemps à la dernière minute ou de rendez-vous prévus de longue date participaient également à cette impression d’une durée indéfinie.

PORTER À NOUVEAU L’HEURE À SON POIGNET

Les recherches en psychologie montrent que l’estimation d’un temps écoulé est dépendante du nombre d’événements dont on se souvient. Pendant cette période de confinement sans grande information hors l’évolution mondiale de la pandémie, chaque journée s’est déroulée plus ou moins comme la précédente. Et puis ce temps après lequel tout-un-chacun ne cessait de courir jusqu’à présent, ces horloges à chaque coin de rue et ces multiples affichages digitaux sur le moindre objet ou joujou électronique qui jalonne nos vies trépidantes, ils n’étaient plus présents en permanence dans notre champ visuel.

Ainsi, pour la première fois depuis des années, j’ai ressenti le besoin de porter à nouveau l’heure à mon poignet.
 
Texte : Frédéric Martin-Bernard 
Crédit photos : Mohammad Metri sur Unsplash 
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