Nous utilisons des cookies pour garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser celui-ci, nous considérons que vous en acceptez l'utilisation. plus d'informations
Play your time
Français
Panier
Votre commande 0 articles
Total ttc -

Martine Franck, le temps des rencontres

27/09/2020 dans Portraits
« Une photographie, c’est un fragment de temps qui ne reviendra pas » estimait la photographe et anthropologue Martine Franck. Une de ses images les plus connues est le cliché d’une pensionnaire de l’Hospice d’Ivry sur Scène. La vieille dame imite celle qui lui tire alors le portrait à l’aide de deux doigts joints en rond autour de son œil malicieux comme un objectif. Ce tirage fait partie de l’ouvrage Le Temps de Vieillir, publié aux Éditions Filipacchi-Denoël en 1980, tel un voyage à travers le grand âge, capturant des vies au ralenti dans divers milieux sociaux. Avant ce livre, l’artiste photographe avait déjà passé quelque vingt ans à courir le monde, allant à la rencontre d’autres peuples.

« Mon choix, toujours, ce fût les gens » disait celle dont le premier Leica l’aida à vaincre sa timidité. Elle avait préféré un tour du monde à d’ultimes études à La Sorbonne. Au Japon, elle retrouve son amie Ariane Mnouchkine, metteuse en scène et fondatrice du Théâtre du Soleil. Ensemble, elles parcourent l’Asie et découvrent d’autres cultures, traditions et visages. Au Népal, prend l’envie à Martine Franck de tout photographier. Ce voyage marque le point de départ de sa carrière en noir et blanc. Elle ne se lassera pas de revenir dans ce pays (ainsi qu’au Tibet) et d’embrasser la cause de ces peuples.

Entre-temps, la jeune femme est retournée à Paris, s’est formée à la prise de vue et a rencontré le photojournaliste Henri Cartier-Bresson dont elle partagera la vie jusqu’à la mort de ce dernier en 2004. Chacun dans son style, ils cherchent à capturer, rapporter et témoigner de ce qu’il se passe dans le monde. Ces reportages s’illustrent souvent par des portraits pour Martine Franck. « Quand vous êtes en contact avec des êtres humains pour les photographier, expliquait-elle, je pense que c’est très important d’être en mesure de vous oublier et d’écouter ce que les autres ont à dire… Un portrait de quelqu’un – que ce soit un homme ou une femme – commence par une conversation. » Elle sera bien évidemment sollicitée pour immortaliser des célébrités. Mais ce sont ces tirages de visages anonymes qui feront la richesse de son œuvre sensible et engagée.

Après la parution de Le Temps de Vieillir, Martine Franck est appelée par l’association Les Petits Frères des Pauvres pour couvrir leurs actions de terrain. En parallèle à des reportages aux quatre coins du monde pour diverses agences – Vu, Viva, Magnum… -, elle consacre le reste de son temps à des sujets de société comme la condition des femmes, les opprimés, les sans-papiers ou les immigrés avec une pudeur qui fait cruellement défaut à notre époque de grand déballage sur les réseaux sociaux et autres médias voyeurs. « Tout ne se photographie pas, disait cette humaniste, disparue trop tôt, à 74 ans en 2012. Il y a des moments où la souffrance, la déchéance humaine vous étreignent et vous arrêtent… La photographie montre plus qu’elle ne démontre, elle n’explique pas le pourquoi des choses »
 
Texte : Frédéric Martin-Bernard 
Photos : Phototrend Martine Franck 
Accueilarticle blog