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Le quart d’heure citadin

21/12/2020 dans Votre temps
Disposer de tous les services et commerces essentiels dans un rayon de quinze minutes autour de son domicile : on pourrait croire à une énième mesure liée à la Covid-19. Mais l’urbaniste et chercheur Carlos Moreno prônait ce réaménagement des agglomérations bien avant le début de la pandémie et la nécessité de restreindre les déplacements pour freiner la propagation du coronavirus.
 
Professeur à la Sorbonne, ce Franco-colombien défend une meilleure qualité de vie urbaine à travers ses différents travaux et propositions de proximité. Il rappelle que la plupart des villes ont été transformées et aménagées avec de grands axes afin d’atteindre rapidement leur centre névralgique. Et de pouvoir le quitter tout aussi prestement. Bien sûr, c’était avant que l’on se préoccupe de l’environnement, de la pollution et des nuisances sonores. En ces temps-là, l’automobile était reine. Et les moyens de déplacement écologique prêtaient à sourire.
 
Dans ce monde de plus en plus trépidant et connecté, on ne se souciait guère plus de la vie de quartier et des p’tits commerces de proximité qui entretiennent un formidable lien social. L’important était d’aller vite, toujours plus vite. Et droit au but. De ne pas perdre davantage de temps en week-end qu’en semaine. Ainsi, pléthore d’agglomérations ont vu leurs cœurs et quartiers historiques progressivement se vider des échoppes spécialisées. On leur préférait des grandes surfaces généralistes où tous les biens de consommation étaient rassemblés en un seul endroit.
 
Souvent, ces temples marchands se trouvaient éloignés, aux portes de la cité, voire en périphérie. Mais qu’importe, puisque de vastes avenues donnaient l’illusion d’y mener rapidement, le stationnement y était facile et, en prime, ces enseignes fermaient à point d’heure… Ah les horaires, toujours et encore ! Obnubilé par le temps qui file, l’Homme moderne s’apparente parfois à un canard sans tête qui court dans tous les sens. Qui s’empresse à l’autre bout de la ville pour économiser quelques minutes, pour ne pas dire secondes, alors qu’il avait naguère tout sous la main.
 
Carlos Moreno
 
Carlos Moreno se réfère d’ailleurs à cette incessante course contre-la-montre pour justifier sa ville du quart d’heure. Au cours des dernières décennies, les nouvelles technologies nous ont habitué à des réponses immédiates quelle que soit la distance. Tout d’abord, des réponses sans délai par email plutôt que deux ou trois jours plus tard par courrier, puis des images immédiates, des vidéos en live et, maintenant, des biens et des services en instantané. Sur ces plateformes de e-commerce, il n’y a plus de jour et de nuit, de semaine ou de week-end… Bref, il n’y a plus d’horaires. Le seul temps qui compte désormais, est le délai de livraison en fonction de notre propre agenda. Et non les heures ouvrables du prestataire ou du commerçant.
 
L’urbaniste et chercheur parle de « ville en temps continu », « multi rythmée » qui nécessite d’avoir tout à proximité. Encore une fois, c’était avant la Covid-19. Mais à quelque chose malheur est bon. Ces jours et ces semaines de 2020 comme suspendus ont notamment permis de retisser des liens de proximité. Des liens avec ses voisins d’immeuble ou ses proches commerçants avec lesquels on n’échangeait plus… Les discussions à bâtons rompus ont repris et elles dépassent parfois les 15 minutes. Qu’importe, la certaine courtoise voulait naguère que les citadins aient toujours un quart d’heure de retard pour ne pas presser leurs hôtes.
 
Texte : Frédéric Martin-Bernard
Photo : camille-brodard sur Unsplash, Carlos Moreno
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