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Fatigue, la maladie du siècle ?

Lundi matin, à la machine à café, yeux cernés et moral en berne, c’est le même mantra : « je suis cre-vé ».
De la même façon que nous avons la sensation de toujours manquer de temps alors que nous n’en avons jamais eu autant, nous nous sentons fatigué(e)s alors que nous ne dormons pas nécessairement moins que nos aïeux. Mais si ce n’est pas la quantité de sommeil qui a changé, c’est bien sa qualité et ses horaires.

En cause de cette dette chronique de sommeil, ils sont nombreux au banc des accusés : surmenage, excès de travail, envie de tout faire, écrans, réseaux sociaux, perte de sens, etc.
Qu’est-ce que la fatigue ? Comment avons-nous désynchronisé nos rythmes biologiques ? Que pouvons-nous faire pour nous sentir moins fatigué(e)s ?
Petite histoire de la fatigue, symptôme de nos modes de vie contemporains, qui marchent parfois sur la tête et où les écrans se substituent à un soleil, qui ne se couche jamais.

Qu’est-ce que la fatique ? La fatigue est une réaction normale à l’effort, créée par notre organisme pour nous protéger, nous, nos muscles et surtout notre cerveau. Elle peut être physique, organique, psychique, passagère, chronique etc. Elle est un des symptômes les moins spécifiques en médecine car il s’agit d’un ressenti physico-psychique. Le plus souvent, ce phénomène physiologique est réversible avec du repos. Mais c’est lorsqu’il ne l’est pas qu’il résulte de la désynchronisation de notre horloge biologique et qu’il interroge nos modes de vie.

Mais non, la fatigue n’est pas le mal du siècle. Nos aïeux, qui travaillaient deux fois plus que nous (70 heures par semaine en moyenne), souvent dans les usines ou les champs, se sentaient aussi fatigués. Mais ils se couchaient tôt, n’ouvraient pas leur appli Facebook au lit et surtout, ne vivaient pas dans une société qui érigeait en modèle du cool les infatigables qui enchaînent boulot, enfants, sport, apéros, loisirs sans l’ombre d’un bâillement.
Pour l’historienne Anna Katharine Schaffner, à travers l’histoire, la fatigue a toujours existé. Ce qui a changé, ce sont les causes. Aujourd’hui, la fatigue serait la résultante de la recherche de la performance, à tous les niveaux, et le manque de sommeil associé. Le résultat ? La désynchronisation de notre rythme de vie et de notre organisme. Notre corps a une horloge interne, programmée génétiquement, qui nous pousse à respecter nos horaires. Mais ils ne sont pas toujours respectés. Au banc des coupables, le capitalisme, la pression et la perte de sens au travail et les écrans et leurs lumières bleues.
En effet, la lumière bleue des écrans qui empêche la production de mélatonine, hormone sécrétée à la pénombre et responsable de l’endormissement, va nuire à ces rythmes biologiques. Or on sait bien que la phase où le sommeil est le plus réparateur (pendant laquelle est produite la quasi-totalité de l’hormone de croissance) correspond aux trois premières heures du cycle, précisément celles sur lesquelles nous grignotons le plus en général (entre 23h et 2 h du matin) !

Alors comment lutter contre cette fatigue ?
La première des choses pour retrouver son rythme intérieur, c’est de le connaître. Pour ça, on observe son rythme naturel pendant les vacances. Gros dormeurs ou petits dormeurs, vous voilà avertis. Une fois rentré(e)s de vacances, la règle d’or : on se tient à ce rythme et on se lève toujours à la même heure. Grapiller sur cet horaire ou faire une grasse matinée en pensant qu’on rattrape le sommeil perdu est une fausse bonne idée.
Une fois qu’on a identifié nos heures idéales, back to basics : on enfile ses baskets car le sport sécrète des endorphines et sérotonines, qui sont en chute libre quand nous nous sentons fatigués, on prend un bouquin avant de se coucher, on y va mollo sur le café et l’alcool et on met le cap vers une alimentation variée et équilibrée, etc.
Enfin, on s’interroge intimement sur les causes de notre fatigue et on se pose une nouvelle fois la question : qu’est-ce que je veux faire de mon temps si précieux ?

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