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L’impermanence des choses

Tout prend fin : une journée difficile, une journée agréable, une chanson, une émotion, un dîner au restaurant, un article, un voyage, un chagrin d’amour.
L’impermanence des choses, concept-clé du bouddhisme et des philosophies antiques, largement repris dans les arts et la littérature, fait fâner une fleur, passer une colère, naître un bébé.
La seule permanence qui ne soit pas illusion est l’impermanence. On vous imagine d’ici froncer les sourcils devant votre écran avec cette légère impression de devoir repasser le bac philo. Reconnaissons que ça ferait un beau sujet. Si l’impermanence est en toute chose, elle confronte l’homme au temps qui passe, uniquement palpable à travers l’expérience de la durée et de l’espace. Petit tour d’horizon de l’éphémere.

Le célèbre yogi Shabkar (1781 – 1851) raconte dans son Autobiographie d’un yogi tibétain raconte comment il a pris tristement et pleinement conscience de l’impermanence des choses : « Au moment où ils déposèrent les os de ma mère dans mes mains, je songeai : « A ho! Les choses de ce monde ne sont vraiment rien. […] Croyant obstinément en la permanence des choses, j’ai toujours repoussé mon retour : L’an prochain… Je viendrai te voir… L’an prochain… […] » Elle n’est plus sur cette terre où elle pouvait m’entendre quand je lui parlais et où je pouvais la contempler à loisir. […] Point n’est besoin de méditer davantage l’impermanence et la mort : ma mère m’a donné cet enseignements en disparaissant. »

La tradition bouddhiste a identifié l’impermanence comme une des sources majeures de souffrance humaine : étant donné que toutes les choses sont impermanentes, l’attachement à celles-ci est cause de souffrance. Les êtres humains s’accrochent fermement à leurs désirs alors que les choses ne sont ou ne restent pas toujours comme ils le souhaiteraient. Revenons à un peu de philo : Héraclite d’Ephèse serait le premier philosophe à avoir pensé le monde comme infini et en perpétuel changement. Ce postulat est confirmé par les découvertes scientifiques du XXème siècle : la relativité en physique, l’évolution des espèces en sciences du vivant, la radioactivité et la découverte de l’instabilité des noyaux en physique atomique, la théorie du Big Bang en cosmologie, etc.

L’impermanence confronte l’homme à l’objectivité du temps à travers l’expérience de la durée. Cela rejoint la réflexion de Saint Augustin qui se demande dans ses Confessions : « Qu’est-ce que en effet que le temps ? […] Si personne ne me pose la question, je le sais ; si quelqu’un pose la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus ».

Par les horloges, les fuseaux horaires, les montres : nous avons temporalisé notre monde, ce qui représente une illusion de la permanence à l’échelle de la condition humaine.

Héraclite d’Ephèse était non seulement le premier à penser le perpétuel changement mais surtout le premier à le penser de façon positive : l’impermanence est nécessaire pour que quelque chose soit et c’est précisément parce-que tout change que l’être humain peut changer. Il y a toujours un début après une fin. Tout devient possible. La véritable sagesse serait-elle dans l’acceptation positive de cette impermanence jusqu’à en faire l’éloge ? Vous avez quatre heures.

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