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L’incertitude comme partenaire

Dans un monde où nos lendemains sont planifiés dans des cases d’agenda, où chaque phénomène cherche à être expliqué, nous ne savons plus ne pas savoir.
L’incertitude fait pourtant pleinement partie de la vie. « On ne sait jamais de quoi demain sera fait…« 

Mais pourquoi devrait-elle être nécessairement inquiétante, cette incertitude ?

Côté définition, l’incertitude doit être différenciée du risque. Pour le prix nobel d’Economie Frank Knight, l’incertitude caractérise un contexte dans lequel la prévision n’est nullement possible, alors que le risque peut être estimé par l’étude des événements passés au fil du temps. Tout phénomène nouveau se produit donc dans l’incertitude, ce qui signifie que nous n’avons pas de données pour prédire l’avenir.
L’incertitude, c’est alors le second niveau de lecture du risque. Il y aurait deux types de risques :  le risque 1, c’est de faire quelque chose qui conduirait à une erreur, le risque de rater. Le risque 2, c’est de ne pas faire quelque chose qui aurait pu réussir, le risque de ne pas faire quelque chose qui aurait réussi. Si le risque 1 est très visible (accident, projet raté, etc.), le risque 2 est invisible puisque nous ne voyons pas tout ce que notre retenue nous a empêchés de faire ou d’inventer. Cela rejoint la notion de « pensée complexe » d’Edgar Morin qui, sommairement, nous apprend à avoir conscience que l’inattendu arrive aussi souvent que l’attendu.

Incertitude et créativité vont de pair. L’artiste est écartelé entre le diktat de la compétence et l’audace de la création. Dans le processus de création, l’artiste risque toujours une idée. Toute décision est un pari. « On va voir comment ça va se passer… »  Et l’action, dans le processus créatif ou la vie en général, produit souvent quelque chose qu’on n’avait jamais imaginé…

Mais l’incertitude est liberté. C’est elle qui nous rend libres. On envisage la prise de décision comme un choix parmi plusieurs options. Dans l’incertitude, notre rôle n’est pas tant de choisir parmi plusieurs options possibles, mais de créer ces options. Le domaine de l’incertitude relève alors de l’action créative et de la décision de faire ce qu’on a envie d’en faire. L’incertitude, c’est la liberté de créer.

« L’univers imprédictibe est un fait empiriquement observable ». Cela rejoint la pensée d’Ilya Prigogine, physicien et chimiste belge d’origine russe, pour lequel l’incertitude, c’est le temps qui passe. « La flèche du temps est la propriété la plus universelle de notre univers : c’est le vieillissement mais aussi la créativité. » Elle ne veut pas dire qu’on ne peut rien prévoir mais qu’il existe de probabilités, plusieurs possibilités.

La réalité de l’incertitude est une réalité incontournable et vérifiable par chacun d’entre nous. Pourquoi alors ne pas la considérer comme un partenaire ? Souvent perçue comme un élément perturbateur dans nos vie, elle pourrait bien être un générateur de bonnes surprises…

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