"L'urgence de ralentir" | klokers blog
Françaisfr | Englishen
articleblog1

« L’urgence de ralentir »

Nous vivons dans une société de l’instant, de la rapidité. La flânerie voire la lenteur ne sont pas des valeurs érigées en modèles. Il semblerait que beaucoup d’entre nous vivent dans l’urgence permanente, sous l’injonction quotidienne de ne jamais « perdre de temps ».  L’urgence séquence notre temps en nous faisant basculer d’une tâche à une autre, le plus vite possible. Notre regard se porte souvent davantage sur les choses que nous n’avons pas eu le temps de faire ; ce qui fait qu’on est moins emprunt du souvenir de ce qu’on a pleinement fait plutôt que du regret de ce que nous avons manqué de faire… Le sociologue Harmut Rosa parle de « famine temporelle ».

Mais sommes-nous réellement condamné(e)s à nous sentir en retard comme le lapin d’Alice au Pays des MerveillesSommes-nous condamnés à monter à bord d’une vie à 100 à l’heure, en pilotage automatique ? Le temps de cet article, vivons à notre rythme. Ça pourrait nous donner des idées pour la suite…

Pas simple néanmoins de ralentir quand il s’agit d’une norme sociale qui s’est transformée en contrainte intériorisée, au sens que lui donnait le philosophe Michel Foucault. La société moderne aurait érigé cet hyper-productivité et cette urgence au rang de valeurs morales principales, que nous aurions intériorisées de façon inconsciente. Aujourd’hui, la norme est à l’accélération des rythmes de vie et les sollicitations sont partout.

Pour autant, le sociologue Jean Viard indique que l’espérance de vie moyenne en Europe est de 700 000 heures aujourd’hui contre 500 000 heures en 1914, avec, en parallèle, un net recul de la quantité de travail et des tâches ménagères grâce à l’apparition des lave-linge, lave-vaisselle, etc. Constat simple mais édifiant : nous n’avons jamais eu autant de temps et nous n’avons jamais eu autant l’impression d’en manquer. 

Alors attention, ce sentiment d’urgence ne vient pas de nulle part. Notre économie libérale y est pour beaucoup, avec son diktat de performance, de rapidité, d’intensité. Une fois posé ce constat, pour celles et ceux qui souhaiteraient ralentir, comment procéder ? 

La première pierre à l’édifice ne serait-elle pas de prendre conscience de la valeur de notre temps ? Étrange tout de même que nous devions souvent en passer par de terribles épreuves comme une maladie ou un accident pour re-valoriser notre temps…  Pour ralentir ou plutôt trouver son ryhtme, repensons notre rapport au temps, à la consommation, au travail, aux loisirs, pour re-prendre le pouvoir sur notre temps.

Et se poser la question simple mais essentielle : qu’est-ce que, au fond de moi, j’ai envie de faire de mon temps ? Puisqu’il est impossible de tout faire, reste à prioriser : on ne pourra jamais lire tous les livres, voir tous les films, faire toutes les rencontres, vivre mille histoires, etc. Mais on peut voir le verre à moitié plein et voir plutôt les choses que l’on a pleinement réalisées plutôt que celles qu’on a manquées. Ou le mieux vs le rapide… Enfin, se créer des instants de déconnexion où la créativité et les aspirations profondes s’expriment, en réinvestissant le présent.

Il est aujourd’hui un acte de résistance que celui d’aller contre cet impératif contemporain d’urgence. Alors place aux rêveurs, aux flâneurs, aux voyageurs vagabonds, à celles et ceux qui contemplent sans autre but que de vivre… Si le degré de la vitesse est proportionnel à l’intensité de l’oubli, nous oublions notre passé alors qu’il faudrait choyer nos souvenirs, « prendre le temps ».

Courir après le temps vaut si le temps, c’est de l’argent. Mais si on change le paradigme et que le temps, ce serait de l’amour ? 

Publier un commentaire