La « Solitude volontaire » ou l’art d’être à soi | klokers blog
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La « Solitude volontaire » ou l’art d’être à soi

Bien que la solitude ne soit pas qu’une considération contemporaine, son étude prend tout son sens dans notre société moderne hyperconnectée. La solitude volontaire nous inviterait à « une expérience de la liberté et un ressort critique ».  C’est ce qu’explique Olivier Remaud, philosophe et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, qui établit un lien entre société et solitude dans son essai Solitude Volontaire. Pourquoi et comment aimer être seul ? Comment repenser la solitude comme expression de liberté absolue ? Que trouvons-nous dans la solitude ? Que veut dire « être à soi » ? Autant de questions soulevées par ce texte qui interroge chacun et chacune d’entre nous dans notre rapport à vouloir être seul(e)s, à vouloir parfois faire un pas de côté voire à disparaître.

Alors que nous associons le plus souvent l’envie ou le besoin d’être seul(e)s à un désir de s’extraire de la société, Olivier Remaud les considère comme tout le contraire soit un désir de participation à la communauté sociale, un besoin de recréer du lien, d’un autre point de vue. Ou l’art d’être seuls et ensemble à la fois. Ce lien, paradoxal, entre solitude et société (la vie en société est rendue possible par la possibilité de se retirer et la solitude est rendue possible par le retour à la vie en société), reflète le même lien qui existe entre solitude et liberté. C’est dans ce paradoxe que s’expriment notre liberté, nos aspirations et rêves les plus profonds. Cette façon « d’être à soi » nous procure des forces nouvelles.«  Entamer un dialogue avec soi-même  »  devrait nous faire cheminer jusqu’à la sérénité, à la fameuse « conversation de l’âme » des philosphes.

Olivier Remaud s’appuie en grande partie sur le Walden, ou la vie dans les bois d’Henry David Thoreau, qui décide en 1845 de quitter sa ville natale de Concord pour s’installer seul dans une cabane dans les bois. Le but ? « […] Découvrir ce que la vie avait à [lui] enseigner, afin de ne pas [s]’apercevoir, à l’heure de [s]a mort qu’[il] n’avait pas vécu ». Solitude Volontaire démontre que la pensée de Thoreau est tout de même paradoxale puisque dans sa démarche de solitude, il prône autant une vie déconnectée que connectée. 

Dans la solitude, l’individu n’est pas mis à distance par la société mais se met lui-même à distance de la société. « Nous aimons être seuls lorsque nous savons que nous ne sommes pas vraiment seuls », résume Olivier Remaud. Mais même en établissant cette distinction, l’auteur souligne que notre rapport aux grands solitaires et autres explorateurs, qui partent seuls à l’aventure pendant des mois, est ambivalent : enfermé(e)s dans nos « vies d’insensés », nous les envions autant que nous nous en méfions car les solitaires « ne jouent pas le jeu de tous ».

La solitude nous permettrait donc de renouer avec nous-mêmes. Nul besoin pour autant de partir loin pour se re-trouver : »rompant avec ses habitudes, se tournant vers ses espaces intérieurs, Thoreau “propose à ses concitoyens de se considérer comme des étrangers dans leur contrée et d’adopter l’esprit d’un voyageur qui ne voyage pas” ». Le voyage, autant dans sa dimension physique que mentale, serait alors l’expérience ultime de liberté. Pour Montaigne, « la plus grande chose du monde, c’est de savoir être à soi ». Nous devrions tous « nous réserver une arrière-boutique, toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissions notre vraie liberté et principale retraite et solitude ».

Nous reste alors à « apprendre à vivre chez soi comme un voyageur » . 

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