Le syndrome du "Sois bien, et tais toi" | klokers blog
Françaisfr | Englishen
Soisbienetaistoi

Le syndrome du « Sois bien, et tais toi »

Manger 5 fruits et légumes par jour (crus les légumes, ça conserve mieux les vitamines). Compter ses pas (10 000 par jour, c’est bien. Pas moins.) Compter ses calories (exit les frites au ketchup, bonjour le « gluten-free »). Entre deux réunions, prendre 5 minutes pour méditer, c’est le prof de yoga qui l’a dit. Et puis surtout, penser positif, toujours. Et avant de se coucher, bouquiner le manuel de développement personnel posé sur la table de chevet.

Carl Cederström et André Spicer, chercheurs en sciences des organisations, publient en 2016 Le Syndrome du Bien-être, pamphlet qui part d’un constat simple : notre société a érigé la santé et le développement personnel au rang de valeur individuelle principale, et le culte du bien-être au rang de quête idéale.

Dans la Grèce Antique, le bonheur et le bien-être sont liés à la vertu, et donc aux Dieux. L’évolution vers un bonheur qui passerait par la transformation de soi et le contrôle d’un certain nombres de paramètres personnels est assez récente : c’est au siècle des Lumières que le bien-être se trouve dans l’accomplissement de soi.

Si prendre soin de sa santé est évidemment un objectif louable, Carl Cederström et André Spicer précisent que cette tendance est devenue aujourd’hui une injonction morale dont nous sommes les prisonniers quotidiens. Les activités, les comportements, les façons de penser et vivre sa vie ne relèveraient plus, selon eux, de choix conscients et d’un cheminement personnel, mais de normes sociales. Faire le choix de la santé, faire le choix d’avoir un esprit sain dans un corps sain, n’est plus une option personnelle ; mais s’inscrit dans le domaine de la morale. La bonne santé devient un impératif moral et le corps mince, sportif, en forme, devient le modèle.

Les salles de fitness, les employeurs, les applications pour smartphonse qui comptent nos pas, étudient nos phases de sommeil, etc., les coaches, se positionnent en partenaires de notre santé, en nous sommant d’être toujours plus performants, avec le sourire. Carl Cederström et André Spicer mettent en évidence le lien entre santé et économie et précisent que « l’économie du savoir » a été remplacée par « l’économie du corps », au sein d’un marché du bien-être très lucratif.

Ce culte du bien-être à outrance ne poserait pas problème si il ne créait pas des laissés-pour-compte. Car dans cette logique, l’individu, est le seul responsable de ses émotions, de son corps, de son développement personnel, et donc, de ses performances. Il est alors aussi responsable de ses douleurs et des échecs, dans une société du paraître et de la performance. Selon les auteurs, ce diktat social générerait au final beaucoup de mal-être et d’anxiété pour beaucoup d’entre nous.

On laissera le mot de la fin à Carl Cederström pour qui « cette quête paranoïaque du bonheur » est à éviter, car «vivre, c’est nécessairement faire l’expérience de la douleur et de l’échec, accepter que certaines choses peuvent nous faire défaut et, dans une certaine mesure, apprendre à faire contre mauvaise fortune bon cœur. »

Et si on essayait de prendre des chemins de traverse, des chemins parallèles aux normes sociales ?…

Publier un commentaire